Urgent/RDC : Joseph Kabila charge Félix Tshisekedi; un retour calculé après six ans de silence

Par Noé KALEMEKO
(Kolwezi le 23 Mai 2025). Après six années d’un silence quasi-total, Joseph Kabila est sorti de sa réserve. Dans un discours soigneusement pesé, l’ancien président de la République Démocratique du Congo a lancé un appel à un « pacte citoyen » pour sauver la nation, tout en pointant, de manière à peine voilée, les défaillances du régime actuel. Ce retour sur la scène politique n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte de crise multiforme, où la sécurité, l’économie, l’unité nationale et la gouvernance sont fortement ébranlées.
« Militaire, j’ai juré de défendre la patrie jusqu’au sacrifice suprême. Hier au pouvoir, aujourd’hui en dehors du pouvoir, je demeure plus que jamais fidèle à ce serment. En ce moment où le pays est de nouveau divisé, appelé par le destin, j’ai le devoir d’œuvrer à la recherche de la paix et de contribuer à la reconstruction de notre pays qui se meurt, » a-t-il déclaré.
Ces mots, lourds de sens, sonnent comme un désaveu de la gestion actuelle du pays sous Félix Tshisekedi. Kabila dresse un tableau sombre de la nation, suggérant un échec patent du régime en place à maintenir la paix, à assurer le développement et à préserver l’unité de la République. Il s’agit d’un message politique subtil, mais percutant, qui semble vouloir redéfinir les lignes du débat national.
Depuis son retrait du pouvoir en janvier 2019, Joseph Kabila avait adopté une posture de retrait, presque ascétique, refusant de s’exprimer publiquement sur les affaires du pays. Certains y voyaient une stratégie d’effacement, d’autres une manœuvre calculée. Aujourd’hui, son retour confirme la deuxième hypothèse. À travers ce discours, il se repositionne comme un acteur politique de poids, porteur d’une mémoire d’État et d’un projet alternatif.
Le président Félix Tshisekedi, quant à lui, fait face à des défis sans précédent. La situation sécuritaire à l’Est reste volatile, malgré les promesses de pacification. L’économie, plombée par la corruption, la mauvaise gouvernance et l’instabilité institutionnelle, suscite de plus en plus de frustrations au sein de la population. Le processus électoral de décembre 2023, contesté par de nombreuses forces politiques et sociales, a encore davantage affaibli la légitimité du pouvoir en place.
C’est dans ce contexte que le retour de Kabila prend tout son sens. L’ancien chef de l’État se présente comme un homme d’expérience, porteur d’un idéal de stabilité, au moment où l’actuelle administration semble peiner à répondre aux attentes de la population.
Au-delà de l’appel à l’unité, ce retour pourrait aussi s’interpréter comme le prélude à une relance politique de sa famille politique, le Front Commun pour le Congo (FCC), dont l’influence a été mise à mal par l’Union Sacrée de la Nation, coalition politique pilotée par Tshisekedi. En réactivant sa voix, Kabila pourrait chercher à fédérer autour de lui les mécontents du régime actuel et à préparer un éventuel retour en force de ses fidèles dans les prochaines échéances électorales.
Joseph Kabila rompt avec six années de silence, mais surtout, il réintroduit dans le débat public congolais, une parole lourde de symboles et de conséquences. À Kinshasa comme dans les provinces, les réactions ne tarderont pas, tant ce retour pourrait rebattre les cartes d’un paysage politique en perpétuelle recomposition.
La Rédaction
