Société

Kolwezi : pendant que le maire Masengo traque les immondices, la ville manque d’une morgue digne pour ses morts

Par Timothée Prince ODIA

(Kolwezi, le 05 juin 2026). La situation est alarmante à la morgue de l’Hôpital général de référence de Mwangeji.

La panne de la chambre froide a provoqué une saturation des installations, au point que onze corps en état de décomposition y sont encore conservés. Parmi eux figure également la dépouille d’un ressortissant chinois dont l’incinération est toujours attendue.

Conséquence immédiate : la morgue ne reçoit plus de nouveaux corps. Les familles endeuillées sont contraintes de chercher d’autres solutions, notamment à Lualaba Mupanja, à une trentaine de kilomètres de Kolwezi, ou encore à Kapata. Un véritable parcours du combattant qui entraîne des dépenses supplémentaires de transport et de conservation, alors même que les proches des défunts font déjà face aux lourdes charges liées aux obsèques.

Cette crise met en lumière une réalité souvent ignorée : l’absence d’infrastructures mortuaires adaptées à l’évolution démographique de la ville de Kolwezi. Alors que la capitale mondiale du cobalt attire chaque année de nouveaux habitants et connaît une expansion rapide, les infrastructures destinées à accueillir les défunts semblent être restées au second plan.

Depuis son accession à la tête de la mairie de Kolwezi, l’autorité urbaine multiplie les opérations d’assainissement et les campagnes de lutte contre les immondices. Une démarche certes importante pour l’image et la salubrité de la ville. Cependant, la situation de la morgue de Mwangeji soulève une autre question fondamentale : celle de la dignité accordée aux morts et de l’accompagnement des familles en période de deuil.

Pour plusieurs observateurs, la saturation actuelle révèle un manque d’anticipation dans la planification des infrastructures publiques. Une ville de l’envergure de Kolwezi devrait disposer de plusieurs morgues modernes capables de répondre aux besoins de sa population et d’éviter que les familles soient contraintes de parcourir de longues distances pour conserver les dépouilles de leurs proches.

Léonard Zama, membre de l’Initiative pour la protection des droits de l’homme et la réinsertion sociale, estime que cette situation démontre l’urgence d’investir dans de nouvelles capacités d’accueil. Selon lui, les difficultés rencontrées aujourd’hui par les familles auraient pu être évitées grâce à des infrastructures adaptées à la croissance de la ville.

La crise actuelle interpelle directement les autorités urbaines, au premier rang desquelles le maire Jacques Masengo Kindele. Si l’évacuation des déchets demeure un enjeu majeur de santé publique, la prise en charge des défunts et le fonctionnement des infrastructures mortuaires relèvent également des responsabilités liées à la gestion d’une ville moderne.

À l’heure où les admissions restent suspendues à Mwangeji, de nombreuses familles continuent de subir les conséquences de cette défaillance. Plus qu’une simple panne technique, cette situation révèle un besoin urgent de réflexion sur les équipements publics indispensables à une ville qui aspire à son statut de métropole minière.

Il sied de noter que selon Olivier Mwenze, membre de la cellule de communication de la mairie de Kolwezi, le cimetière de Sapin 2 est désormais doté d’une morgue moderne équipée d’installations capables de conserver et de geler les corps humains dans des conditions adaptées. Cette infrastructure, construite pour renforcer les services funéraires de la ville, n’attend plus que son inauguration officielle avant sa mise en service au profit de la population.

La Rédaction