Infrastructure

Lualaba : la Fondation Konrad Adenauer met en débat les enjeux géopolitiques et économiques du corridor de Lobito

Par Timothée Prince ODIA

(Kolwezi, 3 novembre 2026). Alors que le corridor de Lobito suscite un intérêt croissant en raison de son importance stratégique dans le transport des minerais, une question demeure : quelles retombées concrètes cette infrastructure apportera-t-elle aux populations des pays concernés ? À Kolwezi, la Fondation Konrad Adenauer a organisé un séminaire-atelier autour des résultats d’une étude consacrée aux enjeux géopolitiques de ce projet. La rencontre a réuni plusieurs acteurs du Lualaba autour d’une réflexion sur la nécessité de faire de cette infrastructure un véritable levier de développement, au-delà de l’exportation des ressources naturelles.

Le corridor de Lobito ne doit pas se limiter à faciliter l’acheminement du cuivre et du cobalt de la République démocratique du Congo et de la Zambie vers les marchés internationaux. Il doit également contribuer à la transformation économique des territoires traversés et profiter aux populations locales. C’est l’un des principaux messages défendus par le professeur Jean-Pierre Mpiana Tshitenge, auteur d’une étude sur la reconfiguration géopolitique des flux de transport des minerais de la RDC et de la Zambie, réalisée avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer.

Organisé le 3 novembre 2026 dans la salle de conférence de l’hôtel Moon Palace, à Kolwezi, chef-lieu du Lualaba, province située dans le sud-est de la RDC, le séminaire-atelier a réuni plusieurs catégories d’acteurs : des représentants de l’État, des professeurs d’universités, des acteurs de la société civile dans sa diversité, des étudiants, des journalistes, des organisations non gouvernementales et des associations, notamment CASMIA ASBL, ainsi que des acteurs des droits humains et des représentants des transporteurs du Congo.

Pour le professeur Jean-Pierre Mpiana Tshitenge, le choix de Kolwezi répond à une double logique : la ville a constitué l’un des terrains d’enquête de ses travaux et se trouve directement concernée par les enjeux du corridor.

« Le choix de Kolwezi est dicté par deux éléments essentiels. D’abord, Kolwezi est l’un des terrains d’enquête sur lesquels nous avons réalisé cette étude. Ensuite, c’est une zone directement concernée par le corridor de Lobito. Il était donc légitime de revenir ici pour restituer les résultats de notre recherche aux habitants et leur permettre de mieux comprendre les enjeux de ce projet », explique-t-il.

Au-delà de sa dimension logistique, le chercheur invite à considérer cette infrastructure comme un espace où se jouent des intérêts géopolitiques et internationaux.

« Nous devons réfléchir sur le corridor de Lobito au-delà des aspects essentiellement matériels, pour considérer qu’il s’agit d’une infrastructure autour de laquelle s’articule la politique internationale », souligne-t-il.

Son message principal porte sur la vocation économique du projet. Selon lui, celui-ci devrait favoriser la production locale, l’agriculture, la création de petites et moyennes entreprises ainsi que le développement d’activités susceptibles de renforcer les économies nationales et régionales.

« Le corridor de Lobito doit être pensé comme un corridor de développement et non pas seulement comme un corridor d’extraction des minerais de la RDC et de la Zambie vers l’extérieur », insiste le professeur.

Cette ambition suppose des choix politiques. Les gouvernements des pays concernés sont appelés à mettre en place des politiques publiques tenant compte des intérêts nationaux et des besoins des populations, afin que les bénéfices du projet ne se limitent pas aux opérateurs miniers et aux acteurs du transport.

À l’issue des échanges, les participants ont formulé des recommandations visant à favoriser la réussite du projet. Parmi les pistes évoquées figurent une meilleure implication des communautés locales, l’accès des entreprises congolaises aux opportunités économiques générées par le corridor ainsi que la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux dans sa mise en œuvre.

Le professeur Jean-Pierre Mpiana Tshitenge estime que l’étude consacrée aux dimensions géopolitiques ne constitue qu’une première étape. D’autres recherches pourraient notamment approfondir les aspects environnementaux et sociaux, la rentabilité de l’infrastructure et les conditions permettant à la RDC de tirer une plus grande part des richesses générées.

À travers cette initiative, la Fondation Konrad Adenauer contribue à alimenter le débat public sur un projet dont les enjeux dépassent le seul secteur minier. Reste désormais à traduire son potentiel stratégique en opportunités économiques concrètes pour les territoires et les populations concernés.

La Rédaction