RDC : Kabila sonne l’alarme et donne un plan de redressement national

Par Noé KALEMEKO
(Kolwezi le 23 Mai 2025). Dans une prise de parole attendue, Joseph Kabila a livré un diagnostic sévère de la situation actuelle de la République Démocratique du Congo, tout en dévoilant les grandes lignes d’un ambitieux projet de refondation. Avec une tonalité grave mais résolument déterminée, l’ancien président n’a pas seulement dénoncé les manquements du régime de Félix Tshisekedi ; il a proposé une véritable alternative sous la forme d’un « pacte citoyen », qu’il appelle de ses vœux comme le socle d’un nouveau départ pour la nation.
Joseph Kabila n’a pas mâché ses mots. Il a dressé un bilan sans concession de la gouvernance actuelle, dénonçant une série de dérives et d’échecs qui, selon lui, compromettent l’avenir du pays. Trois axes majeurs de critique émergent de son discours.
• L’instabilité persistante à l’Est, où les groupes armés continuent de semer la terreur malgré les multiples opérations militaires et la présence des forces étrangères. Pour Kabila, cela témoigne d’un échec manifeste de l’autorité de l’État et d’une absence de stratégie claire pour ramener la paix.
• La mauvaise gestion des ressources naturelles, véritable fléau pour un pays aussi riche que la RDC. Kabila pointe du doigt les détournements, les contrats léonins et la faible redistribution des richesses, qui freinent le développement et creusent les inégalités.
• Une gouvernance politique et institutionnelle défaillante, marquée par une centralisation excessive du pouvoir, une justice instrumentalisée, et une rupture de confiance entre les citoyens et l’État.
Face à ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » et de « naufrage national », Joseph Kabila ne se contente pas de critiquer. Il se positionne comme un porteur de solution, avec un discours qui appelle à un sursaut patriotique. Son pacte citoyen se veut un cadre de consensus national, reposant sur douze engagements majeurs, à la fois politiques, institutionnels, économiques et diplomatiques.

Parmi les propositions phares, on note :
• La fin de la dictature et le rétablissement d’un État de droit fondé sur les libertés fondamentales ;
• La pacification du pays, à travers la neutralisation des groupes armés et le retrait des troupes étrangères ;
• La réconciliation nationale, condition indispensable à la reconstruction du tissu social congolais ;
• Une gouvernance rigoureuse, orientée vers la transparence, l’orthodoxie budgétaire et une gestion équitable des ressources ;
• Le retour à une diplomatie régionale active, en rupture avec l’isolement relatif du pays sur la scène internationale ;
• L’application stricte du droit international, notamment contre le mercenariat, avec un appel clair à l’expulsion de toutes les forces étrangères illégalement présentes sur le sol congolais.
Dans un ton inhabituellement direct, Kabila salue par ailleurs la décision de la SADC de retirer la SAMIDRC de la RDC, qu’il considère comme un acte de sagesse.
Au-delà de la substance, ce discours montre une rupture dans le ton et la posture de l’ancien chef de l’État. Loin du langage technocratique ou de la neutralité diplomatique, Joseph Kabila parle désormais comme un homme d’opposition, un patriote inquiet mais combatif, peut-être même comme un prétendant au leadership national.
Son retour s’inscrit dans un contexte où le régime de Félix Tshisekedi est un peu contesté, y compris par des voix autrefois proches. En se plaçant au-dessus des partis et des querelles personnelles, Kabila tente de rallier autour de lui toutes les forces sociales, politiques et religieuses désireuses d’un changement de cap.
L’opinion publique, les acteurs de la société civile et la communauté internationale auront un rôle déterminant à jouer dans la réception ou la marginalisation de cet appel à un nouveau contrat social.
La Rédaction
