Mines

Lualaba : le ministre Louis Watum Kabamba interpelle les miniers industriels sur le sort de près d’un million de creuseurs artisanaux

Par Timothée Prince ODIA

(Kolwezi, le 29 octobre 2026). Près d’un million de creuseurs artisanaux dans une province dominée par l’industrie minière : au Lualaba, l’équilibre entre ces deux formes d’exploitation devient un enjeu économique et social majeur. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, appelle les opérateurs industriels à prendre davantage en compte les réalités des communautés locales.

La question dépasse désormais le seul cadre de la sécurisation des concessions minières. Au Lualaba, la progression de l’exploitation artisanale pose un défi de taille aux entreprises industrielles, contraintes de composer avec une présence croissante de creuseurs autour de leurs installations.

C’est autour de cette problématique que Louis Watum Kabamba a réuni, mercredi 28 octobre à Kolwezi, les représentants des opérateurs miniers industriels. Pour le ministre, ces entreprises ne peuvent continuer à fonctionner en marge des réalités sociales de leur environnement.

« En tant qu’industriels, nous ne devons pas penser que vous évoluez dans un îlot complètement isolé de tout ce qui se passe autour de vous », leur a-t-il lancé.

Le ministre a notamment insisté sur le contraste entre les richesses générées par l’exploitation minière et les conditions de vie des populations riveraines. Évoquant plus de 120 ans d’exploitation minière en RDC, il a dénoncé la concentration des retombées économiques autour des investisseurs et d’une partie de l’élite, alors que de nombreuses communautés continuent de vivre dans la précarité.

Louis Watum a également averti que la marginalisation des creuseurs et des populations locales pourrait accentuer les tensions autour des sites industriels. Il a estimé que les forces de sécurité ne suffiraient pas nécessairement à contenir une mobilisation massive si les préoccupations sociales continuaient d’être ignorées.

Pour prévenir ces risques, plusieurs pistes ont été évoquées, notamment la viabilisation des zones d’exploitation artisanale (ZEA), l’accompagnement technique et financier des coopératives, la formation professionnelle et la création d’activités économiques alternatives. Le ministre attend ainsi des entreprises industrielles une contribution plus active à l’organisation de l’exploitation artisanale.

La participation des Congolais au capital toujours en débat

Autre dossier majeur : la participation des Congolais au capital des entreprises minières. Louis Watum a rappelé que cette disposition est inscrite dans le Code minier révisé de 2018 et qu’elle ne constitue pas une nouvelle exigence de son ministère.

« Ce n’est ni une invention du ministre des Mines ou un changement de direction du gouvernement de l’État congolais, c’est un prescrit de la loi depuis le Code révisé de 2018 », a-t-il insisté.

Le ministre a reconnu les préoccupations exprimées par les investisseurs, particulièrement sur les implications financières et juridiques de cette mesure. Il a toutefois appelé à dépasser ces réserves pour avancer vers son application. Un projet de décret, élaboré à l’issue des consultations avec les parties prenantes, a été transmis à la Chambre des mines pour d’éventuels amendements.

Les entreprises également interpellées sur l’environnement

La conformité environnementale a constitué le troisième volet des échanges. Présente à la réunion, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a sensibilisé les opérateurs au respect de leurs obligations en matière de protection de l’environnement.

Elle a également relevé les insuffisances constatées dans ce domaine, déclarant : « Si nous devons strictement appliquer le règlement minier, regardez la conformité du point de vue environnemental, je pense que la quasi-totalité des entreprises vont être trouvées en défaut. »

La rencontre s’est tenue en présence de la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, des représentants de la Chambre des mines, de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), des services étatiques et du président de la commission interservices chargée de l’assainissement du secteur minier.

Entre pression de l’exploitation artisanale, exigences de participation des Congolais au capital et obligations environnementales, les opérateurs industriels sont ainsi appelés à répondre à plusieurs défis. Au-delà des échanges, l’enjeu sera de transformer les discussions en engagements concrets, dans une province où les intérêts des entreprises et les attentes des communautés restent étroitement liés.

La Rédaction