RDC/Projet Mutanda Mining : le CNPAV dénonce un manque à gagner de plusieurs milliards pour l’État congolais

Par Timothée Prince ODIA
_(Kolwezi le 1 Août 2025). La coalition citoyenne Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a publié une note d’analyse qui montre de graves irrégularités financières dans le cadre du projet Mutanda Mining (NUMI), un des principaux sites de production de cobalt au monde. Le rapport, intitulé « Le cobalt à prix cassé, la corruption à plein tarif », évoque un manque à gagner considérable pour la République Démocratique du Congo._
D’après les conclusions du CNPAV, la Gécamines n’aurait perçu que 250 millions de dollars pour la cession de ses parts dans les projets Mutanda et Kansuki. Or, ces mêmes actifs auraient ensuite été revendus à des acteurs privés souvent opérant via des structures offshore générant près de 2 milliards de dollars. Un écart vertigineux qui soulève des questions sur la gestion de ces transactions.
Le rapport pointe également la cession des redevances futures du projet Mutanda, estimant qu’elle pourrait priver le pays de plus de 600 millions de dollars de recettes publiques d’ici 2039. Une perte d’autant plus préoccupante dans un contexte où les besoins sociaux restent criants.
Les opérations mises en cause se seraient déroulées entre 2007 et 2015, à l’écart de tout appel d’offres et sans évaluation indépendante des actifs, en violation des engagements pris à travers la commission de revisitation des contrats miniers mise en place en 2009.
Plusieurs sociétés sont citées dans le rapport, dont des entités offshore comme Samref, Rowny Asset et Biko Invest, toutes liées à l’homme d’affaires Dan Gertler. Des entreprises minières de grande envergure telles que Glencore, Bazano et HGR sont également mentionnées.
Le document évoque aussi la participation de proches de l’ancien chef de l’État dans certaines signatures de contrats, ce qui suggère une implication à haut niveau dans des décisions préjudiciables à l’intérêt public.
Certains des acteurs mentionnés ont déjà été ciblés par des sanctions internationales. En 2017, le Trésor américain a sanctionné Dan Gertler pour des soupçons de corruption en lien avec ses activités en RDC. Glencore, de son côté, a fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires dans divers pays pour des faits similaires.
En 2022, deux accords à l’amiable avaient été signés par le gouvernement congolais; l’un avec Ventora, entreprise de Dan Gertler, et l’autre avec Glencore. Le CNPAV critique le manque de transparence qui a entouré ces arrangements, estimant qu’ils ont été conclus sans véritable estimation des pertes, ni mécanismes de réparation pour la population.
« Ces arrangements n’ont pas été précédés d’une évaluation rigoureuse des pertes subies par l’État et ont, de fait, semblé légitimer des transactions entachées d’irrégularités, sans garantir une réparation équitable au profit de la population congolaise », déplore la coalition.
Face à ces révélations, le CNPAV exhorte les autorités congolaises à diligenter un audit indépendant et approfondi de l’ensemble des transactions liées au projet Mutanda Mining. La coalition plaide pour des mesures concrètes, incluant la révision de certains contrats et, si nécessaire, des poursuites judiciaires, afin de rétablir la transparence et préserver la souveraineté économique du pays.
La Rédaction
