Société

Kolwezi : pourquoi le maire Jacques Masengo privilégie le PPP ? Les risques d’une mairie qui délègue

Editorial de Timothée Prince ODIA

(Kolwezi, le 25 juin 2026) Pour la gestion de la ville de Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, le partenariat public-privé est devenu un mode de gestion privilégié de la municipalité. Sous l’impulsion du maire Jacques Masengo Kindele, plusieurs services et projets ont été confiés à des opérateurs privés, au nom de l’efficacité et de la modernisation de l’administration urbaine.

Qu’il s’agisse de la modernisation du futur cimetière Sapin 2 ou du recouvrement des recettes urbaines, l’exécutif municipal mise de plus en plus sur l’expertise du secteur privé.

Une stratégie qui produit des résultats visibles, mais qui suscite également des interrogations sur l’avenir de l’administration publique locale.

Le cas du futur cimetière moderne Sapin 2 confirme cette tendance. La mairie a conclu un partenariat avec une entreprise privée chargée de financer, aménager et exploiter cette infrastructure appelée à offrir des services funéraires intégrés, avec une morgue moderne, des espaces aménagés et un crématorium.

Selon les termes du contrat, l’opérateur privé percevra 60 % des revenus générés par le site, contre 40 % pour la ville.

Pour les partisans du projet, l’équation est simpyle : sans investissement privé, la municipalité n’aurait probablement pas les moyens de réaliser seule un tel équipement dans des délais raisonnables.

La même logique prévaut dans la gestion des recettes municipales. Depuis plusieurs mois, une société privée ivoirienne accompagne la ville dans la numérisation de la chaîne fiscale : identification des contribuables, sensibilisation, recouvrement des taxes, exploitation du guichet unique. L’entreprise intervient à chaque étape du processus.

L’objectif affiché est d’améliorer les performances financières de la ville et de réduire les pertes de recettes.

Mais derrière cette recherche d’efficacité se dessine une autre réalité : la place réelle de l’administration municipale dans ces dispositifs.

Sur le terrain, ce sont les agents de l’entreprise privée qui rencontrent les contribuables, mènent les opérations de sensibilisation et assurent une grande partie du recouvrement fiscal.

En contrepartie, la société perçoit une commission estimée à environ 25 % des recettes collectées.

Pour plusieurs observateurs, la question dépasse désormais le simple cadre de la performance financière.

Pourquoi la mairie ne forme-t-elle pas davantage ses propres agents aux outils numériques et aux techniques modernes de recouvrement ?

Pourquoi des missions qui relevaient traditionnellement de l’administration publique sont-elles progressivement transférées à des opérateurs privés ?

Ces interrogations sont d’autant plus importantes que le recouvrement des recettes constitue le cœur du fonctionnement d’une collectivité.

Le risque d’une dépendance durable

La numérisation est aujourd’hui présentée comme une nécessité pour moderniser les administrations publiques. Mais lorsque les bases de données, les outils de gestion, les procédures et parfois même l’expertise technique sont détenus par des partenaires privés, la collectivité peut se retrouver dans une situation de dépendance.

Le défi n’est donc pas uniquement de moderniser les services municipaux, mais aussi de garantir un véritable transfert de compétences.

Car une administration qui délègue durablement ses fonctions stratégiques sans renforcer ses ressources humaines risque de perdre progressivement sa capacité d’action autonome.

À court terme, les résultats semblent plaider en faveur du PPP. Les recettes sont mieux sécurisées, les procédures modernisées et certains projets d’infrastructures avancent plus rapidement.

Mais à long terme, une question demeure : la ville investit-elle autant dans le renforcement de son administration que dans ses partenariats avec le secteur privé ?

Car si le partenariat public-privé peut être un accélérateur de développement, il ne remplace pas une administration publique solide. Et c’est peut-être là que se joue l’avenir de la gouvernance municipale.

La Rédaction