Sécurité

Guerre à l’Est de la RDC : Kiev et Moscou s’affrontent autour du dossier M23

Par Timothée Prince ODIA

(Kolwezi le 12 Juillet 2026). Les accusations russes contre l’Ukraine sur un présumé soutien à la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo ouvrent un nouveau front diplomatique entre Moscou et Kiev. L’Ukraine rejette ces allégations, les qualifie de « désinformation » et accuse la Russie de vouloir fragiliser les efforts de paix engagés dans la région des Grands Lacs.

La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC s’invite désormais dans le bras de fer diplomatique entre la Russie et l’Ukraine. Après les déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, mettant en cause Kiev dans un présumé soutien extérieur au mouvement AFC/M23, les autorités ukrainiennes ont réagi en rejetant catégoriquement ces accusations.

Lors de sa visite de travail au Burundi, le chef de la diplomatie russe avait affirmé que l’Ukraine figurait parmi les acteurs étrangers qui soutiendraient la rébellion de l’AFC/M23, active dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Une accusation immédiatement rejetée par Kiev. Dans un message publié sur son compte X et relayé par l’ambassade d’Ukraine en République démocratique du Congo, Heorhii Tykhyi, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, a dénoncé des propos qu’il considère comme infondés.

« Les affirmations de Lavrov selon lesquelles l’Ukraine soutiendrait le M23 dans l’Est de la RDC relèvent de la désinformation du Kremlin et sont dénuées de tout fondement. Nous réfutons et rejetons officiellement ces accusations », a déclaré le responsable ukrainien.

Kiev assure ne pas chercher à intervenir dans les conflits africains et accuse, en revanche, Moscou de mener une politique d’ingérence sur le continent.

« L’Ukraine ne s’immisce pas dans les conflits africains. La Russie, en revanche, le fait : elle arme des groupes en violation des sanctions, alimente l’instabilité et recrute des ressortissants d’États africains pour combattre dans sa guerre contre l’Ukraine », a ajouté Heorhii Tykhyi.

Pour les autorités ukrainiennes, ces accusations viseraient également à détourner l’attention de la communauté internationale et à affaiblir les initiatives diplomatiques en cours dans la région des Grands Lacs.

« L’objectif de la Russie est clair : saper les efforts de médiation américains dans la région des Grands Lacs et détourner l’attention de ses propres actions destructrices qui entravent le processus de paix », a affirmé le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères.

Cette nouvelle confrontation intervient alors que la situation sécuritaire reste préoccupante dans l’Est de la RDC. Malgré les initiatives diplomatiques engagées, notamment l’Accord de Washington et le processus de Doha, les violences persistent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Entre Kinshasa et Kigali, les divergences demeurent également sur l’application des engagements pris dans les différents cadres de négociation. Pendant ce temps, la crise humanitaire continue de s’aggraver dans les zones affectées par les affrontements.

Au-delà du terrain militaire, le dossier M23 devient ainsi un enjeu diplomatique international où s’affrontent désormais plusieurs lectures de la crise congolaise. La RDC se retrouve au centre d’un nouveau bras de fer entre deux puissances engagées dans une rivalité mondiale; la Russie et l’Ukraine.

La Rédaction