Lualaba : « l’assemblée provinciale est devenue une caisse de résonance du gouvernement » Député Eddy Kapend

Par Timothée Prince ODIA
(Kolwezi le 29 Avril 2025). Ce lundi 28 avril, l’honorable Eddy Kapend, député provincial élu de Mutshatsha dans la province du Lualaba, s’est exprimé au cours d’une interview exclusive pour clarifier les événements récents ayant secoué l’Assemblée Provinciale. À la base de ses interventions : une question orale avec débat, qu’il avait initiée pour interpeller le gouvernement provincial sur la problématique des infrastructures routières.
Eddy Kapend s’est dit à moitié déçu par la tournure des événements. D’une part, il a regretté que son initiative, motivée par les attentes de la population, n’ait pas abouti. D’autre part, il a pointé du doigt l’incompréhension et la mauvaise interprétation du règlement intérieur de l’Assemblée, notamment par certains de ses collègues et par le bureau lui-même. Selon lui, ces manquements illustrent une incapacité générale à interpréter non seulement leur propre règlement, mais également les lois et la Constitution du pays.
Le député a expliqué que son dossier, déposé au bureau de l’Assemblée le 8 avril, aurait dû, conformément à l’article 160 du règlement intérieur, être traité dans un délai de sept jours. Ce délai ayant été largement dépassé, il a dénoncé une violation manifeste des procédures. Pourtant, ses collègues ont tenté d’invalider la question en évoquant une prétendue fuite sur les réseaux sociaux, en contradiction avec le contenu réel de l’article 160, qui ne fait aucune référence à l’usage ou à la publication de documents sur les réseaux sociaux.
Pour l’honorable Kapend, l’argumentation de ses collègues, soutenue par le président de l’Assemblée, reposait sur des bases erronées. Il a insisté sur la nécessité d’organiser des sessions de formation à l’intention des députés, afin qu’ils puissent mieux interpréter les textes qu’ils ont eux-mêmes élaborés. Il a également dénoncé une partialité du bureau, qui, au lieu d’arbitrer de manière neutre, se serait aligné sur les positions du gouvernement provincial.
Le député a rappelé un épisode antérieur impliquant le ministère de l’Intérieur, lorsqu’une fausse alerte concernant la présence du groupe armé M23 à Kolwezi avait été diffusée sur les réseaux sociaux. Selon lui, la réaction complaisante du président de l’Assemblée face à cette information souligne le deux poids, deux mesures pratiqué dans la gestion des affaires publiques.
Revenant sur le fond de sa question orale, Eddy Kapend a souligné l’importance des infrastructures dans le développement de la province. Il a dénoncé la mauvaise qualité des routes nouvellement construites, illustrant ses propos par l’exemple de la dégradation rapide de la route du quartier Dilungu après le passage intensif des camions de transport minier. Selon lui, le ministre devait venir expliquer à la population si les défaillances provenaient du choix des matériaux, du manque de moyens financiers ou de l’incompétence des entreprises exécutantes.
Le député a insisté sur son devoir de rendre compte à la population, qui exige des routes praticables, de l’eau potable, de l’électricité et un accès à une économie florissante. Malgré l’obstruction rencontrée lors de cette tentative de contrôle parlementaire, il a promis de poursuivre sa mission de contrôle, fondée sur le respect de la Constitution, des lois et du règlement intérieur.
Eddy Kapend a également critiqué la manière dont certaines motions incidentielles étaient utilisées pour détourner les débats du fond. Il a estimé que la motion incidentielle évoquée par un de ses collègues, élu de Dilolo, n’avait aucun rapport avec la question initiale sur les routes, ce qui confirme, selon lui, une volonté de saboter le débat.
Dans son analyse, il a regretté que l’Assemblée provinciale se soit transformée, dans ce dossier précis, en caisse de résonance du gouvernement, certains députés se comportant comme des avocats des ministres au lieu de représenter les intérêts de la population.
Enfin, l’honorable Kapend a évoqué la circulation sur les réseaux sociaux de documents internes de l’Assemblée, rappelant que ce phénomène n’était pas nouveau. Il a cité le cas d’une question orale déposée par l’honorable Eddy Kaseya sur l’exploitation minière à l’assemblée nationale de Kinshasa, dont les documents avaient également fuité sur Internet sans pour autant remettre en cause la recevabilité de l’initiative.
Face à ce constat d’irrégularités, Eddy Kapend a exprimé son intention de rester vigilant et combatif, déterminé à ne jamais abandonner son devoir de député au service de la population du Lualaba.
La Rédaction
