Lualaba | Interview exclusive : « Le retrait des militaires des sites miniers ne doit souffrir d’aucune exception » Agnès Kabwiz

Par Noé KALEMEKO
(Kolwezi, 13 juillet 2026). Le retrait des militaires et policiers des sites miniers, ordonné par le Président de la République, Félix Tshisekedi, lors de la 94ᵉ réunion du Conseil des ministres, continue de susciter des réactions. Pour Agnès Kabwiz, actrice du secteur minier artisanal au Lualaba, cette décision constitue une avancée majeure pour l’assainissement de la chaîne d’approvisionnement en minerais. Dans un entretien accordé à Topinfo.cd, elle appelle toutefois à une application rigoureuse de cette décision sur l’ensemble des sites miniers du pays et demande que tous les acteurs non habilités soient également écartés.
Topinfo.cd : Quelle est votre réaction après l’annonce des mesures visant le retrait des militaires des sites miniers ?
Agnès Kabwiz : Nous remercions le Chef de l’État pour l’attention qu’il accorde au secteur minier. Nous avons suivi la communication du ministre des Mines et nous estimons que cette décision constitue une avancée importante pour l’assainissement de la chaîne d’approvisionnement en minerais. Il est temps que les mesures annoncées soient effectivement appliquées.
Topinfo.cd : Pourquoi cette mesure est-elle importante ?
Agnès Kabwiz : Depuis plusieurs années, la présence des militaires sur certains sites miniers suscite de nombreuses inquiétudes. Cette situation ne correspond pas aux principes d’une exploitation responsable. Nous avons déjà connu les difficultés liées à la présence des femmes et des enfants dans les mines, qui avaient exposé notre pays aux critiques de la communauté internationale. Aujourd’hui, la présence des militaires constitue également un défi qu’il faut résoudre.

Topinfo.cd : Cette décision sera-t-elle facile à appliquer ?
Agnès Kabwiz : Non. De nombreux intérêts gravitent autour de l’exploitation minière artisanale. C’est pourquoi nous demandons un suivi rigoureux afin que cette mesure ne reste pas une simple annonce. Les autorités doivent veiller à son application effective dans toutes les provinces minières.
Topinfo.cd : Quel message adressez-vous aux autorités provinciales ?
Agnès Kabwiz : Les gouverneurs, en tant que représentants du Chef de l’État dans leurs provinces, doivent accompagner cette décision et s’assurer de son application. C’est à ce prix que nous disposerons d’un secteur minier plus transparent et conforme aux exigences nationales et internationales.
Topinfo.cd : Vous avez également évoqué d’autres acteurs présents dans les sites miniers…
Agnès Kabwiz : Effectivement. L’assainissement ne doit pas concerner uniquement les militaires. Il faut également mettre fin aux interventions des personnes politiquement exposées et de tous ceux qui utilisent leurs fonctions pour tirer profit des activités minières sans qualité ni mandat. Les sites miniers doivent être réservés aux seuls acteurs légalement habilités.

Topinfo.cd : Que pensez-vous de la présence des partis politiques dans le secteur minier artisanal ?
Agnès Kabwiz : Nous avons plusieurs catégories de partis politiques, notamment des partis de masse. Dans le cadre des recommandations relatives à une commercialisation responsable des minerais, nous estimons que les partis politiques ne doivent pas déverser leurs membres dans la chaîne d’approvisionnement alors qu’ils n’ont ni qualité ni mandat pour y intervenir. Les partis politiques doivent rester dans leur rôle. Les personnes qui souhaitent exercer une activité minière doivent le faire dans le respect de la loi et des procédures établies. Le ministère de l’Intérieur doit assurer le suivi afin que les mesures appropriées soient prises.
Topinfo.cd : Quel est votre souhait pour l’avenir du secteur minier artisanal ?
Agnès Kabwiz : Nous voulons une chaîne d’approvisionnement propre, crédible et respectueuse des normes internationales. Si toutes les mesures sont appliquées correctement, cela renforcera la confiance des partenaires et améliorera l’image de la République démocratique du Congo dans le secteur minier.
La Rédaction
