Fifi Masuka reçue par le Pape François : entre foi et défis pour le Lualaba

Par Noé KALEMEKO
Vatican, 4 janvier 2025 – Lors d’une audience privée au Vatican, Fifi Masuka, gouverneure de la province du Lualaba en République Démocratique du Congo (RDC), a rencontré le Pape François. Un échange chargé de symbolisme pour cette responsable politique, qui a exprimé sa reconnaissance pour ce moment, tout en évoquant ses actions et les défis auxquels fait face sa province.
« C’est une grâce immense que mes pieds puissent fouler cette terre bénie », a-t-elle confié à l’issue de la rencontre. Pour elle, cette audience n’est pas seulement personnelle, mais un signe d’honneur pour la RDC, un pays majoritairement chrétien où l’influence de l’Église reste prépondérante.
Au cours de cet échange, Fifi Masuka a mis en avant le rôle de la foi dans sa gouvernance. Des projets comme la construction de grottes mariales et la réhabilitation d’églises dans sa province traduisent, selon elle, son engagement spirituel. « C’est ma façon de montrer que la foi a le pouvoir de transformer des vies », a-t-elle déclaré.
Cette dimension spirituelle de son action politique, bien que saluée par certains, pourrait aussi soulever des questions. Dans un contexte marqué par des besoins sociaux et économiques criants, certains observateurs pourraient se demander si des investissements dans des infrastructures religieuses répondent aux priorités les plus urgentes.
Le Lualaba, riche en minerais mais confronté à des inégalités sociales, reste une région emblématique des défis de la RDC. La gouverneure a souligné les initiatives mises en place sous son mandat, notamment dans les domaines de l’éducation et des infrastructures. Parmi elles figurent des programmes destinés à sortir les jeunes filles des mines artisanales, un problème récurrent dans la province.
Cependant, ces efforts se heurtent à des obstacles structurels : pauvreté persistante, exploitation des ressources naturelles par des multinationales, et vulnérabilité des populations face aux conflits armés qui affectent l’ensemble du pays. Lors de son entretien avec le Pape, Fifi Masuka a évoqué la situation des femmes et des enfants déplacés par la guerre, appelant à une mobilisation pour leur protection : « Elles méritent notre attention et notre aide. »
La gouverneure a également mentionné des réalisations telles que la construction de routes et d’écoles, des projets qui visent à améliorer les conditions de vie dans une province où les besoins en matière de santé, d’éducation et de sécurité alimentaire restent importants. Mais ces efforts suffisent-ils à répondre aux attentes des populations ?
Des voix critiques estiment que les gouvernements provinciaux et nationaux doivent faire davantage pour encadrer les activités minières, source de richesses considérables mais aussi de tensions sociales. La question de la redistribution équitable des ressources et de la lutte contre la corruption demeure centrale dans le débat public.
Outre son rôle politique, Fifi Masuka est impliquée dans la Fondation Pape François pour l’Afrique, une organisation dédiée à l’aide aux populations vulnérables. Elle a également plaidé pour une plus grande implication des chrétiens dans la gouvernance, affirmant que « la politique doit être guidée par des valeurs éthiques et chrétiennes ».
Cependant, cet appel à une gouvernance basée sur des principes religieux peut susciter des interrogations dans une société pluraliste. Si la foi joue un rôle structurant pour beaucoup en RDC, la neutralité de l’État reste un principe clé pour certains citoyens.
Cette rencontre avec le Pape François intervient à un moment où la RDC fait face à de nombreux défis, allant des conflits armés aux crises humanitaires. En mettant en lumière des initiatives locales tout en adressant des messages d’espoir et de paix, Fifi Masuka espère attirer davantage d’attention sur sa province et sur son pays.
Reste à savoir dans quelle mesure cet engagement spirituel et politique peut se traduire par des changements concrets pour les populations du Lualaba, qui continuent d’attendre des réponses face à leurs difficultés quotidiennes.
La Rédaction
